Atelier / « La communauté éducative dans et hors l’école »

 
   
Le cas des Contrats Éducatifs Locaux  
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Pourquoi cet atelier aux Rencontres de l'Orme ?  
     
 

L’atelier a permis de rappeler que le "temps libre" de l’enfant est potentiellement éducatif et d’appréhender combien la communauté éducative est large et diverse dès lors que l’on se place dans une approche globale de l’éducation. Cette appro-che globale est une des caractéristiques du disposi-tif Contrat Éducatif Local (CÉL). Elle est une condition possible pour qu’activités scolaires et temps libre ne soient plus dressés en opposition. L’élève et les familles, l’établissement scolaire et les enseignants eux-mêmes, ressentent de plus en plus l’existence d’un cloisonnement qui déconnecte le système scolaire du reste de la vie quotidienne, devient pour trop illogique et porte préjudice à la construction de sens chez l’élève.
Se sont imposés au fil des échanges de l’atelier, non pas tant la valorisation de tel ou tel usage du multimédia, mais davantage l’usage croissant de ces nouvelles technologies d’information, leur appropriation si rapide par les jeunes, et, liée à ce contexte, l’urgence impérative de dispenser une éducation critique aux médias, pour mieux protéger et "armer" les enfants face aux images violentes, manipulations ou conditionnements. Cette éducation nécessite l’implication tant des enseignants que des acteurs éducatifs du temps libre. Elle concerne l’ensemble de la communauté éducative.
Les enjeux sociaux soulevés par les usages des techniques de l’information et de la communication sont tels qu’il importe que les acteurs scolaires, péri-scolaires et extra-scolaires mènent une réflexion les amenant à se positionner et à articuler leurs actions éducatives respectives.

Quelle définition de la communauté éducative ? Le cas des Contrats Éducatifs Locaux.
Le dispositif Contrat Éducatif Local est un dispositif récent, défini par les circulaires interministérielles du 09/07/1998 et 25/10/2000, et qui résulte d’une volonté commune d’action en matière d’éducation globale (ministères de la Jeunesse et des Sports, de la Culture, de l’Éducation nationale et de la Ville). Début 2003, 8 622 communes étaient recensées, inscrites dans ce dispositif. Tous les partenaires et acteurs éducatifs sont mobilisés pour favoriser la réussite des enfants et des jeunes en articulant et équilibrant au mieux temps scolaire et temps libre.
Concrètement la démarche pour la mise en œuvre d’un Contrat Éducatif Local est la suivante :
- constitution d’un comité de pilotage local multi-partenarial (élus, institutions, employés municipaux, associations, enseignants, parents, jeunes) ;
- choix d’un coordinateur chargé du suivi et de la concertation ;
- réalisation d’un diagnostic par un organisme extérieur ;
- repérage des objectifs éducatifs locaux en cohérence avec les objectifs institutionnels départementaux ;
- élaboration de fiches projet-action et d’outils d’évaluation correspondants ;
- rédaction définitive du contrat sous la forme du cahier des charges type élaboré par l’instance départementale de pilotage (DRDJS).

La FCPE (association de représentants de parents d’élèves), présente dans le public de l’atelier, souligne la confirmation par le grand débat national sur l’école de l’importance de la notion de coéducation école/familles/partenaires hors école : cette notion a émergé pratiquement chaque fois dans les différents débats locaux.
La FCPE souligne également la quasi-absence d’élèves pour participer à ce débat. Cette absence pose questions : pourquoi cette absence ? quelle place laisse-t-on au jeune, à l’élève, dans les phases de construction et de réflexion de la communauté éducative ? Il en fait pourtant bien partie !

Le temps libre est plus important qu’on ne le croit, et plus éducatif qu’on ne le dit.
Le temps libre (télévision, loisirs, famille) est beaucoup plus important que ce qu’il est communément perçu : il occupe 33 % de l’année d’un enfant (contre 41 % pour le sommeil, 14 % pour l’école, les trajets et les devoirs et 12 % pour les soins personnels et les repas). Indispensable à la construction de la personnalité, il est aussi un des temps d’apprentissage de la vie sociale.
En ce qui concerne les activités mises en œuvre pendant ce temps par des associations et dans le cadre des Contrats Éducatifs Locaux, l’évaluation récente menée en 2003 dans les Bouches-du-Rhône montre que le sport prédomine (33 %), suivi par l’éducation artistique et culturelle (30 %). Viennent ensuite les activités manuelles éducatives (11 %), l’accompagnement à la scolarité (9 %), l’éducation à l’environnement, les activités scientifiques et techniques (7 %), les jeux (6 %). Les 13 % restant correspondent aux autres animations. Après la priorité donnée en 2000 pour développer l’éducation artistique et culturelle, c’est à la culture scientifique et la sensibilisation à l’environnement que la priorité est maintenant donnée, dans un souci d’équilibrage et de prise en compte d’enjeux actuels liés à la désaffection des jeunes des formations scientifiques et techniques et aux préoccupations environnementales.

Les jeunes enfants adhèrent volontiers aux activités qui leur sont proposées, les adolescents leur manifestent un intérêt plus détaché.
Sur Tarascon, il apparaît que si les activités des CÉL marchent bien avec les élèves du primaire, ce n’est en revanche pas le cas avec les adolescents. Seuls 40 élèves sur 900 du collège René Cassin y adhèrent ; ce sont les activités pétanque, derbouka (percussion) et journal qui recueillent le plus de succès. Les jeunes n’adhèrent pas aux activités toutes faites, finies. Ils s’impliquent davantage à inventer leur vie en bande.
L’évaluation des CÉL menée en 2003 dans les Bouches-du-Rhône confirme la participation prédominante des 6-11 ans (61 % du public) par rapport aux collégiens (26 %) et aux enfants d’âge maternel (13 %).
Souvent, les jeunes ne sont pas au courant des activités qui leur sont offertes. Pourquoi ne pas utiliser les nouvelles technologies dont ils se sont emparés (téléphone portable, etc.) pour faire aller l’information à eux (tout en veillant à éviter le "tout ficelé" qui leur répugne) ?
Le bouche-à-oreille est aussi un moyen de les joindre : pour être efficace, il s’agit alors de trouver le jeune du collège le plus à même d’informer et motiver ses camarades aux activités proposées.

L’école souffre de son cloisonnement par rapport à ce qui se passe "hors l’école".
Le Clemi souligne à quel point les enfants souffrent de la séparation télévision/école. Pourquoi leur média privilégié a-t-il si peu droit d’entrée à l’école ?
Les jeunes en rupture avec l’école sont accueillis dans les structures "hors l’école" pour éviter que leur rupture soit aussi sociale. Ces structures deviennent des lieux d’éducation permanente et alternative (tout en veillant à communiquer avec le système scolaire).
Pour prendre en compte cette réalité "hors école", le collège René Cassin à Tarascon travaille en articulation avec un dispositif plate-forme de professionnalisation pour permettre aux élèves un retour au pays d’origine avec une qualification (dans le collège, 100 élèves sont primo-arrivants du Maroc).
L’ouverture des établissements scolaires en dehors des horaires scolaires et pendant les vacances peut contribuer au décloisonnement de l’école.
Le décloisonnement s’opère plus facilement sur des thèmes transversaux ou sociaux que sur les savoirs disciplinaires. En témoigne l’ECM (Espace Culture Multimédia) qui travaille davantage avec les proviseurs ou CPE et dans le cadre de CECS (Comité d’Éducation à la Citoyenneté et à la Santé).
L’école n’a pas encore mesuré l’ampleur du changement hors école introduit par la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) qui développe un mode d’évaluation mieux adapté aux notions mêmes d’éducation ou de formation. La VAE se situe en "rupture" avec l’évaluation scolaire bâtie sur une notation qui, le plus souvent, se réfère plus à de simples savoirs qu’à de réelles compétences.
La prise en compte de la communauté éducative (dans son sens large) dans une approche éducative globale peut-elle être une réponse à ces décloisonnements et ruptures ?
Si oui, alors il importe que l’IUFM ne rejette plus (en invoquant le manque de temps) les propositions faites par la DRDJS de venir présenter le dispositif Contrat Éducatif Local dans les formations des futurs enseignants.

Les acteurs éducatifs "hors l’école" souffrent de statuts encore trop souvent précaires, de formations superficielles, du manque de reconnaissance, de difficultés de financement.
L’évaluation menée en 2003 pour les Bouches-du-Rhône montre "de réels besoins en terme de professionnalisation des intervenants dans les activités CÉL". 9 % des intervenants sont sans diplôme, 48 % possèdent un BAFA ou un BAFD leur permettant d’encadrer "à titre non professionnel, de façon occasionnelle, des enfants et des adolescents (…)".
Le réalisme impose donc de ne pas échafauder de projets trop ambitieux, décalés par rapport aux compétences professionnelles disponibles.
Le témoignage de l’association Tilt confirme ce propos. Pour cette association qui intervient à la fois dans les deux cadres, scolaire et temps libre, le cadre scolaire permet d’approfondir davantage le travail proposé aux enfants (encadrement stable, importance donnée au projet pédagogique…). Le travail réalisé avec les cadres sociaux est plus difficile (travail trop précaire, mal reconnu). Si des structures telles que les Maisons de la Culture bénéficient de financements conséquents, pour d’autres structures le manque de reconnaissance et, liées à lui, les difficultés de financement posent problème.

Le temps passé par l’enfant devant la télé est important, il est urgent de lui dispenser une éducation critique à l’image.
Le cinéma n’est pas qu’un loisir. En projetant des films dans le quartier en plein air, l’association Tilt tisse des liens avec la population tout en promouvant le cinéma en tant que culture. Cette même association intervient également auprès des enfants pour promouvoir l’éducation à l’image, capitale, vu le temps passé par l’enfant devant la télévision.
Si l’école a, dans ses missions fondamentales, celle de former le citoyen, alors elle se doit de participer à l’éducation aux médias des enfants. Doit alors être débattue la question sur :
- qu’est-ce qui va particulièrement relever de l’école ?
- qu’est-ce qui va relever du temps libre ?

Exemple d’un cas concret : "Que faire devant les images de violence ?". Le Clemi a mené une réflexion et propose des pistes d’actions.
Le programme Educaunet, sur lequel a aussi travaillé le Clemi, fait, lui, le point sur les risques liés à l’usage d’Internet, et, concernant leur traitement, propose un repérage sur ce qui relève de l’école, ce qui relève des familles et ce qui relève du péri-scolaire. Il ne peut pas suffire d’interdire à seule fin de protection. En sensibilisant aux risques et proposant des réponses possibles, se crée un lien permanent entre protection et éducation.
On ne saurait se contenter d’une éducation aux médias à l’école, qui se limiterait aux seules préoccupations pédagogiques propres à chaque discipline scolaire. Cette éducation intègre l’éducation à l’image, à la publicité, des préoccupations sociales et citoyennes.

Concernant l’appropriation des outils technologiques, de quelle prérogative l’adulte peut-il encore se prévaloir, ou à quel niveau ?
Dans la perspective de la zone euro-arabe et de la communauté éducative euro-arabe, l’AFAFE a pour préoccupation l’éducation au savoir vivre ensemble. Le multimédia constitue un levier pour les apprentissages et les échanges. Les espaces numériques constituent des lieux de rencontres hors des structures traditionnelles, relativement rigides, des pays maghrébins.
Pour l’ECM, l’écriture sur le web constitue un moyen possible pour le jeune de devenir auteur. Se pose ensuite la question du comment passer du devenir auteur sur le web à devenir acteur de la société ? Le multimédia favorise le développement et l’émergence de l’individu. On constate que de nombreux enfants possèdent un téléphone portable quand leurs parents n’en ont pas. On constate la peur de certains parents d’élèves sur l’opération Ordin@13. Les enseignants sont en déficit de formation par rapport aux nouvelles technologies. Cette formation d’ailleurs ne leur apparaît à priori pas prioritaire tant que la plus-value pédagogique de l’outil multimédia ne s’impose pas.
Ne se trouve-t-on pas à une phase charnière ? Les jeunes vont-ils prendre le pouvoir parce qu’ils auront le pouvoir informatique ?
Parents, enseignants… c’est la communauté éducative toute entière qui doit s’approprier le multimédia.

 
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