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Les propos de Gérald Attali pendant le débat Ecole Communicante du mercredi matin

 

Gérald Attali (I.A-I.P.R d'Histoire-Géographie, coordonnateur Education au Développement Durable) prenant la parole après Christine Coaruotolo (enseignante au lycée Marseilleveyre et venue présenter l'utilisation de Google Earth en cours d'histoire-géographie) :

(...). Les “élèves acteurs de leur savoir”, c'est une idée forte véhiculée généralement par l'utilisation de ce type de support. Il me semble quand même que, si les élèves démontrent beaucoup de qualités dans la maîtrise technique, et peuvent quelquefois aller plus vite et plus loin que le professeur, la plupart des enjeux, en termes de contenus et de savoirs, c'est le professeur qui en reste le maître, c'est le professeur qui est capable de dégager les pistes, de montrer l’intérêt dans telle ou telle direction. Que des élèves soient quelquefois techniquement plus rapides, certes, mais par contre, pour ce qui concerne le savoir, cela ne remet pas en cause la situation qui existe avec d'autres pratiques pédagogiques.
Je voudrais faire aussi une deuxième remarque : parmi les situations intéressantes, c'est la possibilité de manipuler, c'est l'un des principaux intérêts de l'utilisation des TICE. Les élèves sont acteurs à ce moment-là.
Mais cela suppose aussi qu'il y ait des moments d'apport par le professeur qui indique des pistes, pose des problématiques, éclaire un point. Cela reste d'abord le principal intérêt, et c'est le travail principal du professeur.

Animateur :

Sinon on reste dans le cadre de l'élève qui reste chez lui à manipuler internet. Le contenu pédagogique est très important. Le professeur est le capitaine du navire.

Gérald Attali :

C'est un travail pédagogique de taille ! Aller n'importe où, les élèves pouvaient le faire également avec d'autres supports, je pense à un simple de travail de recherche sur une encyclopédie qui peut donner lieu à des découvertes parfois très éloignées du sujet initial. C'est donc un travail de cadrage, qui est opéré aussi par le dispositif pédagogique, et j'imagine, par la plupart des dispositifs pédagogiques présentés ici aujourd'hui.

(...)

Gérald Attali :

Sur la question des moyens, les choses ont beaucoup progressé. L'établissement s'équipe, de manière assez considérable maintenant. Il y a des outils, comme le vidéo projecteur, qui sont désormais assez couramment utilisés par les professeurs. Le tableau blanc interactif, c'est plus rare, mais c'est utilisé, plutôt par les lycées que dans les collèges, peut-être pour une question de coût.
Reste quand même un problème, si les moyens sont disponibles, il faut encore faire la preuve de leur utilité pédagogique. Il faut qu'il y ait une plus-value pédagogique.
J'étais venu en 2002 ici présenter l'utilisation d'un manuel électronique. J'étais seul à le présenter. On était dans la démonstration. Je constate que ce qui a été proposé ici, c'est ce qui en fait l'intérêt, le prix, c’est que pour les 4 ateliers, il y avait des propositions pédagogiques avec la classe, en situation. Là où les progrès restent à faire, c'est que, si on voit de plus en plus des séquences pédagogiques qui utilisent le Power Point, le vidéo projecteur, c'est une démarche plutôt frontale. Par contre, l'utilisation dans une salle informatique d'une démarche précise, en géographie ou autre, est plus rare à observer (en inspection, j'entends). Et surtout, la preuve reste à faire qu'il y ait vraiment une plus-value pédagogique.
Par rapport à l'époque où j'étais venu présenter ce livre électronique, il est devenu plus rare de rencontrer des professeurs résolument hostiles à l'outil informatique... La plupart utilisent la messagerie pour leurs propres besoins, des ressources sur internet. Quant à l'intérêt d'utiliser les TICE, je pense donc qu'une très large majorité de professeurs y est attachée et favorable.
Reste le problème de former les élèves. Tout le monde a dit l'intérêt des ressources, la variété, l'abondance de ces ressources, mais justement reste le problème de donner de la lisibilité aux ressources les plus intéressantes, celles qui peuvent être utiles dans un cadre pédagogique. D’où un travail qui est réalisé par le professeur et qui en effet peut exiger du temps pour qu'on sache former les élèves à opérer des choix – parce qu’il y a des outils logiciels, c’est une chose, et il y a l'immensité des ressources fournies par internet -  et là c'est un travail au quotidien, pour guider le travail des élèves, pour se donner le temps d'une réflexion un peu critique à l’égard de ces ressources.
D’autant que nous sommes sur le thème du développement durable. Or, on a sur internet des ressources qui peuvent tomber dans les mêmes travers que ceux des médias, extrêmement alarmistes sur le développement durable et qui peuvent être saisies par les élèves sans précaution, d'où l'intérêt d'un véritable travail de formation. Les questions du développement durable, la protection de l'environnement, ce sont des questions quelquefois assez polémiques, cela engage des valeurs. La nécessité de former les élèves est très grande.
D'où le problème de former les professeurs, certes à l'utilisation des outils, des TICE, mais en même temps de les former à l'éducation au développement durable, et à la prise en compte de la complexité des questions du développement durable. Vous avez évoqué le problème des éoliennes, on sait bien que sur une telle question, les acteurs peuvent quelquefois donner des avis très contradictoires. Former le citoyen, c'est justement arriver à prendre en compte cette pluralité des points de vue, qui est quelquefois celle des scientifiques aussi. D'où la nécessité de former au développement durable est extrêmement importante.

Olivier Levasseur (enseignant au lycée Montmajour à Arles et venu présenter le travail réalisé sur les énergies renouvelables dans le cadre d'un atelier scientifique) :

En effet, en parlant de l'énergie solaire, de l'éolien, les élèves répondent très vite que c'est de l'énergie propre, sans parler de la construction de ces objets-là. Purifier la silice pour mettre dans les panneaux photo-voltaïques ça coûte cher, ça libère du CO2 en grande quantité. Les éoliennes sont majoritairement fabriquées en polymères, plastiques qui ont pour origine le pétrole. Ce sont des idées qu’il faut refaire sortir, parce que parler d'énergie propre, cela dépend si on parle pendant qu'elle fonctionne ou à la fabrication. Il y a plein d'a priori qu’il faut remettre à plat, et il ne faut pas être trop alarmiste parce que malheureusement ils ont un schéma assez noir.

Animateur :

C'est une dimension que vous prenez en compte ?

Gérald Attali :

Oui indiscutablement, on est obligé de prendre en compte tous ces phénomènes-là. Il faut que les élèves puissent se faire un point de vue objectif par rapport à tous ces phénomènes-là. D'ailleurs, il y a eu la semaine dernière une formation à La Ciotat pour les enseignants. Il faut que les enseignants soient capables de faire le tri à travers toutes ces informations parce qu’on peut trouver tout type d’informations à ce sujet-là.

(...)

Gérald Attali :

L'éducation au développement durable a un avantage : elle suppose l'interdisciplinarité, une pluralité de regards disciplinaires. L’éducation au développement durable aborde des notions complexes, d'où la nécessité d'une approche plurielle, et notamment interdisciplinaire. C'est vrai que dans le système éducatif certaines disciplines sont davantage impliquées, en particulier Sciences de la Vie et de la Terre, Histoire-Géographie, … mais on a tout intérêt à écouter aussi les physiciens, les professeurs de lettres, … j’ai vu des projets où cette pluralité des regards était tout à fait bénéfique. C'est en tenant compte de cette interdisciplinarité qu'on est à même justement de faire sentir la complexité qui est celle des problèmes qu’on soulève dans le cas du développement durable.

Mise à jour le Lundi, 12 Octobre 2009 12:08
 

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